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Entretien avec Xavier Cornu, Directeur général délégué, enseignement – recherche – formation de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.
A l’heure où l’Assemblée nationale délibère d’une douzième loi en 12 ans sur l’apprentissage, voici, me semble-t-il, quelques remarques de bon sens.
Tout d’abord, 12 lois en douze ans pour développer l’apprentissage, c’est trop. Trop de lois tuent la loi ! Cette agitation depuis des décennies illustre le manque de maturité des gouvernants par rapport à cette question et ne fait qu’accroître l’instabilité d’un dispositif, pourtant crucial dans la formation des jeunes. Au fond, cet excès législatif ne montre qu’une chose : en l’absence d’une approche résolue de l’apprentissage, les lois ne peuvent résoudre le problème de son développement, quels que soient leur nature, leur portée et leur contenu.
Elles peuvent, éventuellement proposer de réformer son financement, comme c’est le cas actuellement. Malheureusement, on peut d’ores et déjà envisager que la réforme proposée ne permettra pas de dégager le financement nécessaire au développement espéré du nombre d’apprentis dans notre pays : ses dispositions sont en effet assises sur une progression de la masse salariale plus que volontariste…
Je préfère donc revenir aux fondamentaux de l’apprentissage pour parler de son développement. Il y en a 4 : les parents, leurs enfants, les professeurs de l’Education nationale et les entreprises.
Qu’on le veuille ou non, il y a toujours une part d’angoisse des parents relative au fait que leurs enfants pourraient poursuivre leurs études en apprentissage. Il s’agit là d’un problème culturel qui nécessite du temps et, surtout, une volonté sociale et politique pour être résolu.
Les jeunes, quant à eux, paraissent moins inquiets que leurs parents vis-à-vis de l’apprentissage, mais c’est hélas encore un choix par défaut pour beaucoup, même si pour un nombre croissant d’entre eux, il y a une réelle motivation pour s’y engager. C’est pourtant le désir de dire « Je fais et j’apprends » qui donne tout son sens à l’apprentissage. Le désir de voir, de toucher, de vivre la matière et la discipline pour la comprendre. Ce n’est donc pas une approche opposée, mais différente de l’approche académique, et qui vaut aussi bien pour devenir auditeur après ESCP Europe que traiteur après l’Ecole Ferrandi. En revanche, il ne faudrait pas non plus penser que l’apprentissage est valable pour tous les métiers et tous les jeunes : il y a des jeunes qui ont un accès aisé à l’abstraction, qui apprennent dans les livres, les salles multimédia, Internet… Ceux-là, il ne faut surtout pas les orienter vers l’apprentissage. Ils y viendront, éventuellement, plus tard pour professionnaliser leur parcours.
A mon sens, l’explication de ce choix par défaut évoqué précédemment se trouve principalement dans la méconnaissance, voire le rejet, de l’apprentissage par les professeurs de l’Education nationale. Cela fait des dégâts car ils sont les principaux prescripteurs de la formation. On pourrait même voir dans l’orientation vers l’apprentissage au sein du secondaire, une solution de facilité pour se débarrasser d’élèves encombrants et difficiles parce qu’ils ne correspondent pas aux canons traditionnels de l’Education nationale.
Quant aux entreprises qui seraient prêtes à développer l’apprentissage, encore faudrait-il qu’elles aient les carnets de commande suffisants pour procéder à des embauches. Il est urgent de rappeler que l’apprentissage n’est pas une solution à court terme au problème du chômage des jeunes. Il ne doit pas s’inscrire dans une politique conjoncturelle de l’emploi, mais dans une politique structurelle à mener dans un contexte législatif stable, en unissant les acteurs concernés par le sujet et notamment en évitant toute distorsion entre les Régions et l’Etat.
Plutôt que de s’obstiner à développer l’apprentissage, nos gouvernements feraient mieux de créer un grand Ministère de la formation professionnelle qui ne ferait pas de l’apprentissage un être à part mais dans lequel se retrouveraient toutes les formations professionnelles, qu’elles soient assurées par les lycées, les universités, les CFA et les grandes écoles.
Source : Le blog du Campus de la CCIP